Tentative d'atterrissage. Till Roeskens

Pignarre & Stengers : La sorcellerie capitaliste (2005)

 

(présentation du livre : C’est entendu : il existe une horreur économique. Mais la dénoncer ne suffit pas : si la dénonciation était efficace,

il y a longtemps que le capitalisme aurait disparu…

Les auteurs appellent « capitalisme » ce système qui nous saisit à travers des alternatives infernales, du type :

« Si vous demandez des droits supplémentaires, une augmentation de salaire, vous favorisez les délocalisations et le chômage. »

Comment ne pas être paralysé ?

D’autres peuples ont appelé cela un système sorcier.

Et si ce n’était pas une métaphore ?

Et si c’était même le meilleur nom que l’on pouvait donner à la prise que le capitalisme exerce sur nous, nous aidant, du coup, à réfléchir aux manières dont nous pouvons avoir prise sur lui ?

Pourquoi avons-nous été si vulnérables à un tel système ?

Comment se protéger ?

Certaines idées de gauche, et d’abord la croyance dans le « progrès »,

n’auraient-elles pas donné au capitalisme le moyen de nous rendre impuissants ?

Ce livre s’adresse à celles et ceux qui refusent la résignation.

Il affirme l’importance politique de l’action de collectifs capables de créer de nouvelles manières de résister à ce que nous subissons,

et la nécessité d’une culture d’apprentissage et de relais, car nous avons besoin des savoirs que produit et demande la construction de tels collectifs.)

(départ seattle 99… > starhawk, manifs carnavalesques, rituels…)

Un cri est né à Seattle…

Comment hériter, comment prolonger ?

Comment devenir enfant de cet événement ? …

Non pas naître à nouveau dans l’innocence, mais oser habiter le possible comme tel,

sans les prudences adultes qui font prévaloir les menaces du « Qu’en dira-t-on »,

du « Pour qui vont-ils nous prendre » ou « Pour qui nous prenons-nous ? »,

du « Vous croyez que cela suffira ? »

L’événement crée son « maintenant » auquel répond la question d’un certain « faire comme si »

qui est propre aux enfants lorsqu’ils fabulent et créent. 

[Difficulté de saisir l’être protéiforme de notre ennemi, car les acteurs et causes des abominations actuelles sont toujours multiples…] 

La faute au Capitalisme, à la Société, à la Technoscience, au Patriarcat, à…

Toutes ces dénonciations peuvent certainement annoncer et inspirer des pratiques de résistance

[…mais…] elles ont en commun d’invoquer quelque chose qui, si l’on n’y prend garde, peut très facilement revêtir les traits d’une vérité qui transcende les conflits, et les explique.

Ce qu’on appelle la politique – les pratiques qui s’adressent aux situations qui divisent et font hésiter – n’est plus alors qu’un théâtre des apparences, où l’on s’agite, discute et magouille, alors que « les vrais enjeux » seraient ailleurs. Comme si, en conséquence, la politique était vouée à disparaître lorsqu’enfin le véritable responsable de tout ce qui nous divise aurait été vaincu. …

Quel que soit l’endroit où vous tentez de remettre en cause l’exploitation ou la détresse sociale, on vous oppose les effets qu’induiraient automatiquement les mesures que vous proposez.

La possibilité de délocaliser les productions revient en permanence dans les argumentations des hommes politiques…

Il faudrait donc accepter l’incontournable : s’adapter à la situation de guerre économique perpétuelle qui est devenue le seul horizon. … 

Nous nommerons « alternatives infernales » l’ensemble de ces situations qui ne semblent laisser d'autres choix que la résignation ou une dénonciation qui sonne un peu creux, comme marquée d'impuissance, parce qu'eIle ne donne aucune prise, parce qu’elle revient toujours au même : c’est tout « le système » qui devrait être détruit. …

L’exploitation économique ne définit vraiment que très partiellement le capitalisme.

Il faut affirmer que le capitalisme travaille en permanence à réduire l'intelligence de ses agents, à la remplacer par des automatismes qui pourront ensuite être matière à alternatives infernales. 

Nous faisons l’hypothèse que si la grande stratégie de mobilisation frontale est inefficace, c'est parce qu'elle fait l'économie de ce que fabrique le travail de milliers de soutiers, de petites mains qui créent et entretiennent en permanence ce qui s'impose avec l'évidence d'alternatives incontournables. …

Elles ne se présentent pas, ni ne se pensent « au service du capitalisme ». La question est bien plutôt : pensent-elles ? …

Nous sommes certainement à peu près toutes et tous dedans, et tous et toutes affectés,

… Nous disons tous et toutes « il faut bien », mais la petite main … affirme la légitimité de ce « il faut bien », elle lui dit « oui ».

C’est une initiation « noire », l’adhésion à un savoir qui sépare les personnes de ce qu’elles continuent de sentir souvent,

et qu’elles renvoient du côté du rêve ou de la sensiblerie dont il faut se défendre. 

Le « il faut bien » auquel adhèrent les petites mains désigne quelque chose de l’ordre de la paralysie revendiquée,

 il traduit un type de capture qui n'a rien à voir avec une idée, mensongère ou pas.

Avoir une idée, c'est pouvoir la soutenir, la plaider, alors que les petites mains sont comme frappées d'interdit de penser ce à quoi elles oeuvrent.

Mais c'est aussi ce qui confère à leur œuvre sa « créativité » infernale : eIles font, petitement mais inlassablement, exister les règlements,

les définitions, les mots, les manières, les procédés qui excluront la pensée qui leur est intolérable.

Et c'est ici que nous nous sentons devenus capables de « nommer » ce à quoi nous avons affaire. … 

C'est quelque chose dont les peuples les plus divers, sauf nous les modernes, savent la nature redoutable et la nécessité de cultiver, pour s'en défendre, des moyens appropriés. Ce nom est sorcellerie. …

Vendre son âme, perdre son âme, subir une capture d’âme.

Et nous affirmerons que nos pauvres interprétations tout terrain (efficacité symbolique, suggestion, croyance, métaphore, etc.) sont bien incapables d'approcher la puissance de modes de pensée et d'action que nous croyons avoir détruits alors que nous avons surtout perdu les moyens appropriés de leur répondre. …

Car penser que l’on n'a pas besoin de protection relève d'une imprudence qui, pour ces « autres » réputés superstitieux, s'apparenterait à la naïveté la plus effrayante : à leurs yeux, le désastre devient dès lors prévisible. Le risque pragmatique est d'accepter l'hypothèse de ce désastre, c'est-à-dire de constituer la question de notre vulnérabilité, et de l'apprentissage des précautions nécessaires, en problème crucial. 

Les grandes voix présentant les destructions comme des sacrifices nécessaires, prix à payer pour que triomphe une raison libératrice, n'ont jamais manqué. 

Chacun peut désormais voir et reconnaitre les dégâts, le désarroi, l'éradication de manières de vivre, de sentir et de penser. 

Mais comment les éviter si nous nous pensons comme en avance sur tous les autres,

les premiers sur un chemin qui est en droit celui de tous les humains ?

Les « on sait bien, mais quand même » se multiplient.

Comment, au nom du respect de leurs coutumes, priver les « autres » de savoirs qui transcendent toute culture puisqu'ils portent sur la nature ?

Et comment respecter ces coutumes, si cela devait impliquer de rabaisser au statut de « culturellement relatif »

ce qui fait notre fierté : avoir compris que nous sommes « tous des humains »,

 auxquels doivent être reconnus, en tant que tels, des droits inaliénables? 

Nous sommes tous et toutes vulnérables, en danger de devenir [des petites mains].

Et nous le sommes par les dilemmes incontournables que nous faisons proliférer chaque fois que nous nous définissons nous-mêmes – et cela souvent sans même y penser – comme représentants de l’« humanité », comme sa tête pensante.

Chaque fois que nous oublions que la plausibilité de nos jugements traduit la destruction d'autres manières de penser et de faire. 

[Marx, manifeste : « Sous le règne du capital]… tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés. »

Nulle surprise à ce que d’actuels néolibéraux citent ce passage avec délectation, car c’est une puissance titanesque de réinvention qui est ici caractérisée, et cela sans le moindre regret apparent …

Tous ceux, toutes celles qui, pour une raison ou une autre, refuseront une destruction seront pensés, et se penseront souvent eux-mêmes, comme « réactionnaires » …

Ne pas s’en tenir à la dénonciation d’un mensonge, comme si la vérité nous était accessible, comme si nous étions capables de définir les « véritables intérêts communs » dont le respect devrait caractériser une société enfin réconciliée. …

Devenir capabIes d'affirmer ce « nous ne savons pas » dans le cas du progrès, demande de ne pas dénoncer comme mensongère toute association (dans nos pays, pas partout) entre ce qui nous est arrivé et un « progrès ». 

Ce serait dénoncer du même coup ce qui a été inventé et imposé par des luttes auxquelles nous sommes redevables. …

Il n'est jamais très intéressant de camper sur les évidences d'une époque pour accuser la précédente d'aveuglement. Il s'agit plutôt de se demander comment hériter de la nouvelle donne sans accepter les termes du problème tel qu'il est posé - c'est-à-dire, encore et toujours, fabriqué sur un mode qui fait prévaloir des alternatives infernales. 

Pour dire la distance historique qui nous sépare ici de la vision optimiste de Marx, nous ne voyons pas grand-chose à ajouter aux Trois écologies de Félix Guattari, ou se trouvent corrélés le ravage des ressources écologiques au niveau planétaire, le ravage tout aussi planétaire de ce qu'il nommait l’écologie sociale - la capacité des groupes à penser, créer, imaginer -, et enfin le ravage de l'écologie mentale, de la capacité de chacun à se situer et à participer aux processus par où passent les productions d'existence. 

L'effondrement quasi programmé de ce qui faisait tenir nos sociétés, le sentiment d'impuissance, l’« aquabonisme » définissent une situation redoutable : non pas une passivité stable, mais son contraire, une panique froide, avec la possibilité que les notions de progrès, de service des intérêts communs soient reléguées au magasin des accessoires inutiles.

L'Europe forteresse est un des noms pour cet avenir qui définirait l'époque ou « l’on croyait au progrès » comme une parenthèse désormais close.

Ce qui veut dire une mentalité d'assiégés, impuissants, cyniques ou justiciers, mobilisés contre un dehors défini comme menaçant et, au-dedans, contre les surnuméraires et les traitres.

Et sans doute le bras armé de l'État, débarrassé de ses contraintes « progressistes » donnera-t-il alors tout son sens à ce que réclameront les assiégés : tolérance zéro. 

Ce n'est qu'un possible, mais le fait qu'il soit aujourd'hui plus que concevable marque le caractère « féerique » de la perspective de lutte selon laquelle, « grâce » à la dissolution des vieux mondes par le capitalisme, l'humanité serait désormais un « sujet » aux possibilités en tant que telles illimitées. …

Nous voulons penser contre les féeries du progrès … Et pour cela il faut apprendre … d’abord l’effroi face à la puissance de l’opération de capture qui nous a rendus aussi fiers de nos « yeux désabusés ».

L’effroi commence quand nous [occidentaux] nous rendons compte que, malgré notre tolérance, nos remords, nos culpabilités, nous n’avons pas tellement changé. Nous continuons à prendre toute la place, toutes les places. Lorsque nous demandons pardon à nos victimes, nous aimons à les penser « nôtres »… « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » … en oubliant que les termes « droit » ou « nation », voire « libération » sont nôtres…

Comment faire la place aux autres?

C’est une question très pratique, et très pénible dès lors que nous n’en tenons pas l’épreuve à distance grâce aux routines de la bonne volonté …

C’est ce que nous avons appris, pour notre part, au contact de l’ethnopsychiatrie de Tobie Nathan, qui a été l’objet de beaucoup d’accusations …

On peut accepter les goûts et les couleurs des autres … mais de là à faire entrer des invisibles, des dieux, des ancêtres, des morts dans une salle de consultation, à les écouter, à négocier à propos de ce qu’ils exigent, de ce à quoi ils obligent…

De là à devoir accepter que la conclusion de ces négociations puisse heurter non seulement le sens commun, mais aussi notre respect de la liberté humaine …

Ce qui scandalise tant de penseurs éclairés dans la pratique de Tobie Nathan, c’est qu’elle s’adresse à des personnes qui sont là justement parce qu’elles n’ont pas su se débrouiller, souvent parce qu’elles avaient cru pouvoir, protégées par le sol de France, échapper à la tyrannie de leurs obligations.

Et que, au lieu de les aider à achever leur mouvement de « libération », au lieu de les aider à ouvrir des yeux enfin désabusés, cette pratique … semble n’avoir d’autre vocation que de les « renfermer dans leurs croyances » ! …

C’est pourtant, selon Nathan, le seul moyen de créer une coexpertise, où la question de la guérison ne serait pas renvoyée à un savoir transcendant, mais constituerait un enjeu ouvert, qui constitue le malade en explorateur et témoin de son propre monde.

II ne s'agit pas de communiquer « entre humains » mais d'apprendre à s'adresser à ce qui, dans une situation thérapeutique, peut être appelé une « cause » … au sens où l'on parle de cause pour ce qui fait penser et sentir.

Pour ce qui engage et transforme.

Et c'est ici que nous devons apprendre l’effroi face à toute perspective impliquant que l’on puisse faire table rase de telles causes.

Il est possible, certes, de les détruire, mais les yeux « désabusés » que l’on obtiendra alors ne seront pas des yeux libérés, plus probablement des yeux vides ou haineux. 

Penser que si un autre monde doit advenir, il s'agira de réussir à articuler des causes qui divergent, que ne peut rassembler aucun « intérêt commun » consensuel, est une épreuve. … [Mais le] capitalisme comme système sorcier … se nourrit de toutes les simplifications, de tous les raccourcis, de toutes les arrogances, comme il s’est nourri de ce qui fait pourtant partie de notre force, que nous ne pouvons laisser tomber comme une vieille chemise : la relation entre « critique » et « liberté ».

Notre force, ce qui nous oblige et nous fait diverger : non pas certes un renoncement à la critique qui libère, mais l’inséparabilité entre processus critique et processus d’apprentissage ; le contraire des yeux désabusés, la capacité de suivre et de créer les dimensions que demande une situation, pour échapper à l’emprise d’une alternative infernale.

Ecrire « grâce à Seattle » … protéger l’importance de ce qui est arrivé contre l’acide des regards désabusés qui, bien sûr, auront toujours raison, mais dont les raisons sont aveugles à ce qu’elles détruisent … ce qu’il est facile de détruire parce que cela n’existe qu’à être cultivé, fabulé, célébré. …

Cela seul qui permet de résister à la capture est un processus exigeant de fabrication, de connexion, de création de problèmes nouveaux.

C’est pourquoi aussi nous n’aimons pas les théories de l’aliénation, hantées par le fait que les « gens » semblent incapables de « prendre conscience » de la vérité de leur situation.

Celui (ou celle) qui pose ainsi le problème est censée en savoir un bout sur cette vérité : il n’a pas besoin que les gens pensent. …

Lorsque nous avons proposé d’identifier le mode d’existence du capitalisme à celui d’un système sorcier, il ne s’agissait pas de donner un autre nom à l’aliénation. Nous avons tenté de poser le problème sur un mode qui ne soit pas celui d’un diagnostic séparant celui qui le porte de celui sur qui il est porté. … Nommer la sorcellerie, c’est utiliser un mot que nul ne peut prononcer impunément …

Les féministes noires américaines ont posé la question : « Peut-on, avec les outils du maître, démolir la maison du maître ? » 

C’est là une question cruciale, lancinante.

Car la réponse ne peut se résumer à un simple changement d’outil.

Les maîtres, nos maîtres, ne tirent pas leur pouvoir d’un outil particulier, bien plutôt d’une définition de l’outil, du rapport à l’outil, qui en fait un instrument neutre, indifférent à la main qui le manie, désignant tous ses utilisateurs comme interchangeables.

La pensée, au sens de Deleuze, pose le même problème. Ce n’est pas la « même pensée » selon qu’elle ratifie des catégories toutes faites … ou qu’elle est solidaire de trajets d’apprentissage toujours locaux, jamais généralisables.

Le devenir ne se produit jamais « en général ».

Les obligations qui donnent à une situation le pouvoir de faire penser ne se décrètent pas, elles se cultivent.

Ce qui importe sera toujours, en deçà de toute théorie : la « reconquête d’un degré d’autonomie créatrice dans un domaine particulier » (Guattari, Trois écologies). …

Reconquérir suppose d’abord un apprentissage impliquant une certaine humilité : apprendre à renouer avec d’anciennes pratiques que le capitalisme a déshonorées, et dont nous avons cru, de manière triomphaliste, pouvoir nous passer.

Des pratiques qui parlaient de prudence dans un monde redoutable, de création possible malgré la guerre toujours probable. 

Ainsi, nous voudrions que soit pensé à nouveau le mot « commerce », parce que c’est un de ces termes qui ont été, catastrophiquement, vidés de leur sens et associés à l’emprise capitaliste.

Dans tous les pays pauvres ou le capitalisme s'installe, il travaille à détruire le commerce et installe des « réseaux de distribution ».

Or, la question « Y a-t-il, ici, avec ceux-ci, moyen de commercer? » est sans doute l'une des plus anciennes questions humaines, et le véritable art du commerce est l’art de la négociation. … 

Dans bien des traditions, soigner, c’est savoir négocier avec des puissances invisibles, c’est commercer avec elles. …

Et il faut avoir participé à un « marchandage », dans les pays où cet art est encore cultivé, pour comprendre comment le même mot peut désigner indissociablement l’échange de biens et celui des idées, le « commerce des esprits » comme on disait.

Commercer, dira-t-on, c’est calculer alors qu’il s’agirait justement d’échapper aux calculs.

Méfions-nous de cette dernière formule, car ce qui échappe au calcul peut assez facilement être identifié à l’incalculable.

Et l’incalculable peut être une figure de la transcendance à laquelle on se soumet… quelles qu’en soient les conséquences. 

L’art du commerce est « coûteux », en temps et en patience, mais c’est ce qui fait exister ceux qui commercent comme obligés par une relation, comme créateurs de ce qui les relie.

Hermès, comme bien d’autres dieux similaires, était dieu des marchands, des écritures et des voleurs, dieu de la ruse … et de l’échange.

Un dieu impur, fort peu édifiant. C’est bien normal. Quiconque entre en relation peut être trompé, trahi ; tout commerçant sait qu’il doit faire attention …

Et pourtant, comme toute pragmatique, le commerce suppose un « faire confiance » dans la relation possible.

Dans le fait que la guerre, le pillage, l’asservissement ne définissent pas le seul horizon « réaliste ».

La création politique, le peuple des relayeurs, appelle une culture des recettes, inassimilables à des théories.

Des recettes qui pourraient bien être ce qu’un groupe qui expérimente devrait se rendre capable de raconter … intéressé tant par les succès que par les échecs, afin qu’elles catalysent les imaginations et fabriquent une expérience. …

Si la singularité du capitalisme est d’être un « système sorcier sans sorciers », … ne jamais lui abandonner ce qu’il a capturé, comme si l’opération de capture constituait un jugement de vérité. On ne dira pas : « Cela a été récupéré, c’était donc récupérable ». …

« Les cercles se font et se défont », disent les sorcières, ce qui signifie deux choses indissociables : aucune situation n’est, en elle-même, décisive, autorisant le jugement et le tri ; et toute situation peut être délibérément, expérimentalement, collectivement « fabriquée » …

sur un mode tel que, si elle se défait, ceux et celles qui auront participé à sa fabrication en sortent plus vivants, ayant appris et capables d’apprendre à d’autres ce qu’ils ont appris, capables de participer à d’autres cercles, à d’autres fabrications.